Actualités Lettre au premier ministre: Le racisme n’est pas pire chez les policiers

Publiée le 18 décembre 2020

Voici l'intégrale de la lettre que nous avons fait parvenir au premier ministre après sa déclaration sur le racisme chez les policiers à Qub radio.

Monsieur le premier ministre,

 

Le 14 décembre 2020, au cours d’une entrevue à Qub radio, vous avez déclaré que, selon vous, c’est dans la police qu’il y a le plus de racisme au Québec. Cette déclaration n’est pas prouvée et est insultante pour les policiers et policières du Québec.

 

Cette déclaration vient dévier le débat de manière à faire oublier tous les problèmes vécus par les personnes issues des communautés ethnoculturelles et des communautés autochtones qui vivent au Québec. Ces personnes affirment depuis longtemps que le racisme est présent, par exemple, dans le système de santé, sur le marché de l’emploi, sur le marché du logement, en éducation. Bref, ce n’est pas seulement l’affaire de la police.

 

En octobre 2019, le SPVM publiait un rapport d’expert mentionnant que les personnes noires et autochtones ont 4 fois plus de chance d’être interpellées par la police que les personnes blanches, alors que c’est 2 fois plus de chance pour les personnes arabes. Ce qu’on oublie, c’est que ce même rapport mentionne que la proportion est identique, que l’intervention ait été initiée par les policiers ou par un appel citoyen. Les policiers ne sont ni pires ni meilleurs que la population. On le dit souvent, les corps policiers sont le reflet de la société.

 

De par la nature de leur emploi, les policiers font partie d’une catégorie de professionnels dont la prestation de travail est scrutée à la loupe par divers organismes de contrôle. Nous aimerions vous rappeler, une bonne fois pour toutes, que les policiers et policières n’ont jamais eu le droit de faire des interpellations basées sur l’origine ethnique, l’âge, le genre ou l’orientation sexuelle. Le profilage racial n’est pas légal, tout comme profiler les personnes issues de la communauté LGBTQ+. Nous travaillons dans le respect des pouvoirs que nous confèrent le Code criminel et le Code de Procédure pénale. De plus, nous sommes soumis à un code déontologique strict dont l’objectif est de protéger la population contre les écarts qu’un policier pourrait commettre et le Bureau des enquêtes indépendantes enquête sur toutes les interventions au cours de laquelle un civil décède ou est blessé. Ces mécanismes de contrôle du travail des policiers visent à protéger la population et à assurer que les fonctions policières s’exercent dans le respect des Lois et des règlements.

 

Nous sommes tout de même d’accord qu’il faut en faire plus pour améliorer les relations avec toutes les communautés qui composent la société québécoise. C’est pour cette raison que nous proposons déjà plusieurs solutions pour améliorer les choses. La première étape est de lancer une vaste campagne de recrutement dans les programmes de techniques policières auprès des personnes issues des communautés ethnoculturelles. Si les personnes noires, arabes et autochtones sont sous-représentées dans les forces policières, c’est notamment parce que trop peu de ces personnes choisissent des études collégiales en technique policière. Cela démontre que la question du racisme est un sujet de société dépassant largement les barrières du monde policier. Les corps policiers doivent recruter des personnes qui sont passées par l’École nationale de police du Québec et, généralement, pour y entrer il faut avoir réussi la technique policière. Tant que l’on ne s’attardera pas aux raisons pour lesquelles il y a une sous-représentation des communautés ethnoculturelles en technique policière, il y aura une sous-représentation à la sortie des bancs d’école. L’une des pistes de solution passe nécessairement par une valorisation de la fonction et un recrutement plus efficace.

 

Votre déclaration d’hier est un pas dans la mauvaise direction. En qualifiant à mots couverts l’institution policière comme étant raciste, vous risquez de décourager les personnes issues des communautés ethnoculturelles de rejoindre les forces policières dans l’avenir. Votre intervention est pour le moins contre-productive.

 

Nous proposons aussi de mettre fin au système à deux vitesses de financement des corps policiers afin d’encourager le déploiement de corps policiers municipaux communautaire. Des organisations locales, branchées sur les besoins de la population et qui sont en mesure d’offrir les interventions les plus rapides, seront plus à même de bâtir des liens de confiances forts avec les personnes noires, asiatiques, arabes et autochtones. Ces personnes doivent se sentir écoutées et comprises pour renouer leur confiance envers les services de police, la proximité sera définitivement nécessaire pour y arriver. En ce sens, la proposition d’abolir les corps policiers de proximité pour centraliser le tout au sein de grands corps policiers est contre-productive, évitons de faire cette erreur.

 

Pensez-vous que votre déclaration ne viendra pas envenimer les tensions ? Déjà que nos policiers et policières se font traiter régulièrement de raciste au cours d’une journée de travail, la situation ne risque pas de s’améliorer après une telle déclaration.

 

Alors que vous vous apprêtez encore une fois à resserrer les mesures sanitaires afin de lutter contre la COVID-19, pensez aux hommes et aux femmes qui devront intervenir et remettre des constats d’infraction à la population. Pensez-vous vraiment qu’ils ne se feront pas accueillir froidement ?

 

 

En tant que premier ministre, vous avez la responsabilité de travailler à réduire les tensions entre les différents groupes qui composent la société. Ce n’est pas avec une telle déclaration à l’emporte-pièce que vous y arriverez. Monsieur le premier ministre, vous devez des excuses aux policiers et policières du Québec. La lutte au racisme n’est pas seulement l’affaire de la police. Nous devons collectivement nous retrousser les manches si, comme vous le dites vous-même, on veut vraiment régler le problème une bonne fois pour toutes.

 

Nous vous prions d’agréer. Monsieur le premier ministre, à nos salutations distinguées.

 

Le président,

 

 

François Lemay

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